Interview d’Ellen Lampert Greaux, rédactrice en chef du Journal de St Barth et du Weekly
1. Comment décririez-vous votre collection « Magnetic » ?
La collection Magnetic explore plastiquement la notion de champ. Elle s’intéresse aux structures invisibles qui organisent l’espace, aux tensions, aux forces et aux relations qui précèdent l’apparition des formes. Plutôt que de représenter des objets, ces œuvres proposent des configurations dynamiques : lignes, flux, interférences colorées. Le terme « magnétique » ne renvoie pas ici à une illustration scientifique, mais à une manière d’envisager l’espace comme un champ relationnel.
2. Qu’est-ce qui vous a poussé à explorer les champs magnétiques dans votre art ?
Je suis depuis longtemps attirée par ce qui structure le visible sans se montrer directement. Les champs magnétiques constituent une métaphore pertinente : ils sont invisibles, mais leur existence se manifeste par leurs effets. Ce déplacement du regard — du visible vers la structure sous-jacente — a progressivement orienté mon travail vers des formes plus abstraites et plus épurées.
3. Pensez-vous que votre art puisse avoir un impact sur ceux qui l’observent ?
Je pense que toute œuvre agit d’abord comme un dispositif perceptif. Elle modifie notre rapport à l’espace, au rythme, à la couleur. Dans « Magnetic », les lignes et les champs colorés ne décrivent pas un sujet : ils invitent à une expérience. L’œuvre devient un espace dans lequel le regard circule, s’ajuste, se déplace. Si elle provoque une forme de suspension ou d’attention renouvelée, alors elle accomplit sa fonction.
4. Quels phénomènes naturels vous inspirent le plus ?
Plus que des phénomènes spécifiques, c’est l’idée de structure invisible qui m’intéresse. Le champ magnétique terrestre, par exemple, est invisible mais organise des mouvements et des orientations. Ces réalités physiques servent de point d’appui conceptuel. Mon travail ne cherche pas à les représenter, mais à explorer plastiquement cette idée d’organisation invisible du monde.
5. Comment cette notion influence-t-elle votre processus de création ?
Le processus créatif est pour moi une recherche d’équilibre entre contrôle et émergence. Les lignes, les rythmes et les tensions apparaissent progressivement, comme si la toile révélait ses propres nécessités structurelles. Il ne s’agit pas de “traduire une énergie”, mais de construire un espace où les forces visuelles trouvent leur cohérence.
6. Votre collection semble dialoguer avec la science. Est-ce intentionnel ?
Oui, mais ce dialogue est conceptuel plutôt qu’illustratif. Les avancées scientifiques contemporaines ont profondément modifié notre compréhension du réel, notamment en remettant en question la stabilité des objets et la linéarité du temps. Ces interrogations nourrissent ma réflexion. Je ne cherche pas à illustrer des théories, mais à explorer plastiquement les conséquences sensibles de ces changements de paradigme.
7. Que souhaitez-vous que le public retienne ?
J’aimerais que le public fasse l’expérience d’un espace différent : un espace où la forme n’est pas figée, où le regard devient actif. Si ces œuvres invitent à percevoir autrement — à prêter attention aux structures plutôt qu’aux apparences — alors la collection aura trouvé sa raison d’être.